La kératose actinique : une lésion précancéreuse
La kératose actinique est une lésion précancéreuse causée par l’accumulation d’expositions solaires au fil des années. Elle se présente comme une petite plaque rugueuse, rosée ou brunâtre, sur les zones photoexposées : visage, crâne dégarni, avant-bras, mains, décolleté. Sans traitement, environ 10 % des kératoses actiniques évoluent vers un carcinome épidermoïde invasif en quelques années. C’est la lésion précancéreuse cutanée la plus fréquente en France, touchant principalement les patients de plus de 50 ans à peau claire. L’exérèse chirurgicale avec analyse histologique systématique est la seule façon de certifier l’absence de transformation maligne débutante.
Cas clinique type (à visée informative) : Monsieur L., 64 ans.
Monsieur L. consulte pour plusieurs plaques rugueuses sur le crâne évoluant depuis 2 ans. L’examen retrouvait 6 kératoses actiniques dont l’une présentait une induration suspecte. Après exérèse en deux séances et analyse anatomopathologique, 5 kératoses actiniques simples et 1 carcinome épidermoïde in situ (maladie de Bowen) ont été identifiés. La prise en charge précoce a permis une guérison complète sans chirurgie complémentaire.
La maladie de Bowen : un carcinome in situ
La maladie de Bowen est un carcinome épidermoïde in situ : les cellules cancéreuses sont présentes mais strictement limitées à l’épiderme, sans franchissement de la membrane basale. Elle se présente comme une plaque érythémateuse bien délimitée, squameuse, à croissance lente. Son traitement chirurgical par exérèse complète est curatif dans la quasi-totalité des cas. Sans prise en charge, elle peut évoluer vers un carcinome épidermoïde invasif avec risque métastatique. La vérification des marges chirurgicales saines par anatomopathologie est systématique.
Le carcinome basocellulaire : le plus fréquent des cancers cutanés
Le carcinome basocellulaire représente plus de 70 % des cancers cutanés en France. Il se développe à partir des cellules basales de l’épiderme sous l’effet de l’exposition solaire chronique et siège principalement sur le visage : nez, front, tempes, oreilles. Il se présente classiquement comme une lésion nacrée, translucide, avec des télangiectasies et une dépression centrale. Il ne donne pratiquement jamais de métastases, mais peut devenir localement très destructeur en l’absence de traitement, envahissant cartilage et os. L’exérèse chirurgicale avec marges recommandées de 3 à 5 mm est le traitement de référence. Tout prélèvement opératoire doit être transmis à un laboratoire anatomopathologique à Paris pour vérification histologique des marges.
Cas clinique type (à visée informative) – Madame P., 71 ans.
Cette patiente âgée présente une lésion cutanée du nez évoquant un carcinome basocellulaire. Après examen clinique, une exérèse sous anesthésie locale avec reconstruction adaptée est réalisée. L’analyse anatomopathologique a confirmé le diagnostic et l’exérèse complète. Le suivi clinique n’a pas montré de récidive à distance. À noter que chaque indication, technique de reconstruction et suivi sont adaptés au cas par cas par le médecin en charge.
Le carcinome épidermoïde : une lésion invasive à surveiller
Le carcinome épidermoïde (ou carcinome spinocellulaire) est le deuxième cancer cutané le plus fréquent. Contrairement au carcinome basocellulaire, il présente un risque métastatique réel estimé entre 2 et 5 % selon les formes, avec atteinte possible des ganglions régionaux. Il se développe souvent sur une kératose actinique ou une maladie de Bowen et se présente comme une lésion indurée, kératosique, ulcérée ou bourgeonnante. Les formes à haut risque (lésion supérieure à 2 cm, localisation sur lèvre ou l’oreille, patient immunodéprimé) justifient une discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Cas clinique type (à visée informative) – Monsieur G., 78 ans.
Monsieur G., immunodéprimé sous traitement anti-rejet après transplantation rénale, consultait pour une lésion kératosique de la lèvre inférieure de 1,8 cm évoluant depuis 4 mois. Après biopsie confirmatoire, le dossier est soumis en RCP à l’hôpital Saint-Louis. La décision collégiale (RCP) a validé une exérèse élargie avec marges de 6 mm et reconstruction par lambeau. Résection R0 confirmée par anatomopathologie. Surveillance rapprochée à 3 mois mise en place.
Le mélanome : une urgence chirurgicale
Le mélanome est le plus grave des cancers cutanés en raison de son fort potentiel métastatique. Il peut apparaître sur une peau saine ou sur un grain de beauté préexistant. Sa prise en charge est une urgence chirurgicale : chaque semaine de délai peut aggraver le pronostic en permettant l’approfondissement de la lésion, mesuré par l’indice de Breslow. Au Centre Villiers Batignolles, la suspicion de mélanome déclenche une prise en charge prioritaire : exérèse diagnostique rapide, envoi en anatomopathologie en urgence, puis reprise d’exérèse avec marges adaptées. Tout dossier de mélanome est soumis à une RCP oncologique avec les confrères des hôpitaux Bichat, de Saint-Louis ou de l’Institut Gustave Roussy pour statuer sur la nécessité d’un ganglion sentinelle, d’un traitement adjuvant ou d’une surveillance spécialisée.
Cas clinique type (à visée informative) – Madame F., 58 ans.
Madame F. consultait pour un grain de beauté qui avait légèrement changé selon elle. L’examen retrouvait une lésion asymétrique de 7 mm avec une zone plus foncée en périphérie. Exérèse immédiate avec marges de 2 mm. L’anatomopathologie a conclu à un mélanome de Breslow 0,4 mm, stade IA. Reprise d’exérèse à 1 cm réalisée 10 jours plus tard. Dossier soumis en RCP à l’Hôpital Bichat pas d’indication de ganglion sentinelle. Pronostic excellent grâce à sa précocité, l’occasion de rappeler l’importance du dépistage ici.